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  • Géopolitique des gazoducs en Europe. C. BAYOU - Transversaux
    d emblée ce pays dans les projets qui feraient suite à South Stream Et il s est placé comme à son habitude sur le terrain de la logique si les Européens opposent tant d obstacles au projet South Stream c est qu ils ne veulent pas de ce tube et s ils avancent l argument juridique pour le bloquer c est que les normes russes et les normes européennes ne sont pas compatibles Rien ne sert dès lors d insister La Russie acheminera donc son gaz au plus près à travers un pays non membre de l UE la Turquie et jusqu à la frontière communautaire turco grecque Aux Européens ensuite de choisir la meilleure façon de récupérer ce gaz à leur guise et conformément à leurs normes Turquie Grèce Macédoine Serbie et Hongrie se sont retrouvés à Budapest et ont signé une lettre d intention exprimant leur intérêt pour le nouveau projet russe À leurs frais surtout Car les accords bilatéraux signés dans le cadre de South Stream prévoyaient certes que la propriété des tubes revienne largement à Gazprom mais également que la Russie supporte le coût financier de leur installation Quelques pays ont dit souhaiter se trouver sur la route du Turkish Stream le 7 avril 2015 les ministres des Affaires étrangères de cinq pays Turquie Grèce Macédoine Serbie et Hongrie se sont retrouvés à Budapest et ont signé une lettre d intention exprimant leur intérêt Turquie un partenaire encombrant La Turquie est un partenaire de poids pour la Russie Les deux pays coopèrent déjà par le Blue Stream qui depuis 2003 achemine chaque année 16 milliards de m3 de gaz russe vers le marché turc via un tube sous marin qui relie Beregovaïa au port de Samsun Moscou sait à ce titre qu Ankara est en mesure de fixer ses conditions puisque Gazprom en a déjà fait les frais avec des demandes de variation du volume livré ou des pressions sur les prix D ailleurs dès l annonce du détournement du South Stream de la Bulgarie vers la Turquie V Poutine a annoncé une ristourne sur le prix du gaz consentie à son nouveau partenaire Depuis les difficultés s accumulent quand Gazprom a déclaré en mai 2015 souhaiter faire débuter dès juin la pose du tube sous marin par la compagnie italienne Saipem celle là même qui lors de l annonce de l abandon du South Stream s apprêtait à poser les premiers tronçons du tube l ambassadeur de Turquie à Moscou a déclaré qu aucun accord n avait été encore signé entre les deux pays les discussions achoppant sur le prix du gaz La Turquie a évidemment des moyens géopolitiques dont ne bénéficie pas la Bulgarie et en ce sens on peut se demander si Moscou gagne à ce changement de tracé Surtout on peut douter de l intérêt de mettre de tels moyens pour passer d un partenaire encombrant l Ukraine à un partenaire qui pourrait se révéler tout aussi problématique Au nombre de ses atouts la Turquie a celui de ses ambitions puisqu elle est en passe de devenir un véritable hub énergétique et pas seulement grâce à Gazprom Elle devrait être en effet sur la voie du Trans Anatolian Pipeline TANAP sorte d avatar de Nabucco bénéficiant du soutien de l UE et qui doit acheminer du gaz azerbaïdjanais du gisement de Shah Deniz 2 voire de plus loin via la Géorgie et jusqu au Tran Adriatic Pipeline TAP qui doit traverser la Grèce l Albanie et aboutir en Italie 3 Grèce le nouvel acteur Alors qu elle n était pas directement concernée par le South Stream si ce n est pas des projets de raccordement la Grèce peut être considérée comme la grande gagnante du changement de programme puisqu elle devient essentielle au Turkish Stream Dépendante à plus de 80 de sa consommation du gaz russe elle opère depuis quelques mois un rapprochement remarqué avec la Russie Cette dernière semble d ailleurs plus engagée vis à vis de l installation d un tronçon du tube sur le territoire grec que n a bien voulu le dire V Poutine le 1er décembre 2014 Il serait en effet question de créer une société mixte chargée de la construction du tube largement financée par la Russie qui se rembourserait ultérieurement sur le transit Lors de leur rencontre à Moscou en avril 2015 le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le Président russe ont évoqué la question les recettes de transit dont bénéficierait Athènes pourraient permettre de faire face aux créanciers de la Grèce Sans compter les créations d emplois induites par l installation du tube et les investissements réalisés Certains mettent pourtant en doute ce rêve annoncé 4 avec un tronçon de 400 km faisant passer environ 49 milliards de m3 par an sur les 63 milliards annoncés 14 sont destinés à la Turquie la Grèce gagnerait 380 millions d euros par an somme toute relative Les créations d emplois prévues dans le cadre de la construction du TAP sont évaluées à 2 000 emplois directs et 10 000 indirects Soit là encore un impact limité Enfin la promesse d une ristourne sur le prix du gaz consommé par la Grèce s avèrerait elle aussi de peu d effet en 2013 le pays a payé 440 euros les 1 000 m3 de gaz russe pour 2 4 milliards de m3 importés Dès lors une baisse du prix de 10 permettrait d économiser tout au plus 100 millions d euros Les inclinaisons nouvelles d Athènes vers Moscou n en inquiètent pas moins les chancelleries occidentales qui craignent notamment la constitution d un front anti sanctions contre Moscou et une diversité des positionnements qui se surimposerait à la crise financière grecque Le ministre grec de la Restructuration de la production de l environnement et de l énergie Panayotis Lafazanis se serait d ailleurs plaint de fortes pressions émanant des États Unis afin de dissuader Athènes de s engager dans le Turkish Stream Macédoine des évolutions troublantes La

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  • Maîtriser la donnée : enjeux et défis géopolitiques - Transversaux
    les grands moteurs de recherche comme Google Yahoo ou Bing On sait que cet ensemble de données reste difficilement mesurable mais qu il occupe un espace très supérieur à celui de l ensemble des sites web bien indexés par les moteurs classiques Certaines études avancent un ratio de 80 de Deep Web contre 20 de web de surface à l image de la partie immergée d un iceberg Le contenu du Deep web demeure hétérogène On y trouve de grandes bases de données des bibliothèques volumineuses non indexées par les moteurs en raison de leur taille des pages éphémères mal construites à très faible trafic ou volontairement rendues inaccessibles aux moteurs traditionnels par leurs créateurs D après une étude récente de la Darpa l agence américaine en charge des projets de défense plus de 60 millions de pages à vocation criminelle ont été publiées depuis deux ans dans les profondeurs du web Les moteurs de recherche classiques Google en tête utilisent des algorithmes d indexation dérivés du puissant Pagerank qui s appuient sur une mesure de popularité du site ou de la page Cette approche qui a fait le succès de Google va de fait exclure les pages à faible trafic éphémères ou furtives Ce sont précisément ces pages qui sont utilisées par les acteurs de la cybercriminalité pour diffuser de l information tout en restant sous les radars des grands moteurs Lorsque cette information concerne une activité criminelle c est dans le Dark Web qu elle sera dissimulée et rendue accessible aux seuls clients potentiels via des outils d anonymisation spécialisés comme Tor Le web profond réunit donc de la donnée légitime souvent de haute qualité lorsqu il s agit de bases de données scientifiques volumineuses peu ou mal indexées par les moteurs Il réunit de la donnée sécurisée accessible seulement par mot de passe mais aussi de la donnée clandestine issue de trafics et d activités criminelles Cet ensemble informationnel hétérogène intéresse depuis longtemps les grands acteurs du numérique chacun avec une motivation spécifique L accès au web profond constitue un élément stratégique du dispositif global de lutte contre la cybercriminalité qui reste l une des grandes priorités de l administration américaine Les efforts pour obtenir des capacités de lecture du web profond se sont concrétisés avec le développement en 2014 du moteur de recherche Memex tout droit sorti des laboratoires de la Darpa Memex le moteur Darpa Dans son communiqué officiel publié le 9 février 2014 1 l agence Darpa décrit Memex comme le moteur qui révolutionne la découverte l organisation et la présentation des résultats de recherche en ligne Le programme Memex imagine un nouveau paradigme où il est possible d organiser rapidement et intelligemment un sous ensemble de l internet adapté à l intérêt d une personne Le moteur est construit autour de trois axes fonctionnels 1 l indexation de domaines spécifiques 2 la recherche de domaines spécifiques et 3 la mise en relation de deux premiers axes Après plus d un an d utilisation

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  • Synthèse de l'actualité internationale mai 2015. A. DEGANS - Transversaux
    la réunion du G7 à Dresde Allemagne les créanciers européens ont reconnu qu il reste à la Grèce un long chemin à parcourir L Union européenne est sous la double menace d un Grexit et d un Brexit Heureusement qu il reste des candidats dans les Balkans occidentaux Madame Lagarde directrice du FMI évoque publiquement une possible sortie de la Grèce de la zone euro un Grexit qui n entrainerait pas selon elle son implosion Athènes ne semble pas devoir attendre de mansuétude de la part de cette institution de Bretton Woods à laquelle elle doit encore rembourser 1 6 milliards d euros d ici la fin du mois de juin 2015 L Union européenne est sous la double menace d un Grexit et d un Brexit preuve que non seulement les temps sont durs mais aussi que celui de l enchantement européen n est plus d actualité Le détricotage de l Europe communautaire n est plus un tabou en mai 2015 la Macédoine aussi mais pour d autres raisons Des violences ont éclaté à Kumanovo au nord ouest de la capitale Skopje provoquant la mort de 22 personnes Les autorités annoncent avoir agi contre des terroristes d origine albanaise Le pays traverse une crise politique liée aux pratiques autoritaires du gouvernement comme à l impasse de la situation économique et sociale du pays Une manifestation a réuni plus de 20 000 personnes dans la capitale pour demander la démission du gouvernement Le Burundi est secoué par des émeutes Bujumbura a été l épicentre de fortes manifestations pour empêcher l actuel président Pierre Nkrurunziza de briguer le troisième mandat auquel il peut prétendre après avoir fait changer la constitution Une partie de l armée burundaise a essayé en vain de prendre le pouvoir en l absence du président De retour celui ci a mené la chasse aux putschistes sans réussir en empêcher la poursuite des contestations La Malaisie accueille des migrants La Malaisie a recueilli un millier de migrants provenant du Bangladesh et de Birmanie par la mer ce qui n est pas sans rappeler les boat people fuyant le Vietnam réunifié sous la direction de Hanoï dans les années 1970 80 D autres sont arrivés dans la province d Aceh en Indonésie Il s agit de la minorité birmane musulmane des Rohingya particulièrement malmenée par les autorités du pays Le scandale des milliers de migrants à la dérive et refusés par les Etats voisins est à l ordre du jour de l Asean Le Bangladesh annonce à son tour qu il va déplacer des milliers de réfugiés Rohingyas qui vivent dans des camps à la frontière avec la Birmanie Un terrible séisme frappe le Népal Le tremblement de terre a causé la mort de plus de 8 000 personnes 16 000 blessés car son épicentre est situé près de la capitale Katmandou il en a détruit une bonne partie des monuments Ce séisme d une force de 7 8 lié à une zone de subduction entre les plaques tectoniques

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  • Géopolitique de la planète financière - Transversaux
    le détail mais certaines grandes banques sont aujourd hui dirigées par un personnel issu des banques d investissement plus tourné vers une culture de la prise de risque Le rôle des banques est primordial puisque certaines d entre elles contrôlent des actifs pour un montant supérieur au PIB de leur économie nationale A côté du système bancaire traditionnel s est développé le shadow banking système non bancaire de financement qui passe par des intermédiaires tels que les sociétés de courtage les hedge funds les fonds de capital risque ou les trusts entreprise avec un monopole Ce phénomène représente un enjeu considérable quand l on sait que les actifs sous gestion représentent en 2013 plus de 76 000 milliards de dollars soit 103 du PIB mondial Les acteurs de ce phénomène sont des fonds spécialisés comme BlackRock ou Vanguard ainsi que certains départements de grandes banques Les hedge funds représentent un risque majeur pour le système financier international Chargés de gérer l épargne de leur clients afin de pouvoir leur assurer une retraite les fonds de pension très présents aux Etats Unis au Royaume Uni au Japon et dans de nombreux autres pays représentent un stock de capital de 32 000 milliards de dollars Ces organismes investissent traditionnellement dans des actions ou des obligations d Etats réputées pour leur sécurité Mais devant de nouvelles difficultés à faire face à leurs engagements ils investissent de plus en plus dans des marchés à la fois plus rémunérateurs et plus risqués Les hedge funds très présents à New York et à Londres sont des fonds qui utilisent de nombreuses techniques et s intéressent à des produits issus de montages financiers produits dérivés pour proposer une rentabilité optimale mais qui est contrebalancée par des risques énormes Selon la Banque Centrale Européenne les hedge funds représentent un risque majeur pour le système financier international Les marchés financiers permettent à tous ces acteurs d échanger du capital sous forme de titres ou actifs Ils sont répartis sur cinq domaines d activité monnaie devise change dettes obligations actions capitalisations boursières et matières premières Les territoires de la planète financière Les systèmes bancaires et nationaux de financement sont très différenciés et ont des particularités propres aux territoires qu ils recouvrent Ainsi le modèle anglo saxon de financement passe majoritairement par les marchés boursiers quand les entreprises se financent majoritairement grâce aux banques en Allemagne ou en France Une place financière est un lieu de rencontre entre les différents acteurs des marchés Ce sont avant tout des constructions politiques contrôlées par des puissances publiques qui y voient un outil dans la construction de projets géoéconomiques et géopolitiques Les places financières se concentrent dans des espaces définis au sein des grandes métropoles les quartiers centraux d affaire ou Central Business District CBD proches des centres décisionnels Les cinq plus grandes places financières en terme de capitalisation sont New York Tokyo Londres Paris puis Hong Kong New York 26 000 milliards de dollars de capitalisation en 2014 et Londres constituent les deux

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  • pour Diploweb com L Carroué La planète financière éd A Colin Voici une description précise et localisée des mécanismes et acteurs de la finance mondialisée démystifiant ainsi un système que l on conçoit trop Direction Directeur P Verluise Conseil scientifique Charte du site Faire un don Devenir membre Auteurs Proposer un article Synergies Présenter le site Conférences Partenaires Participer Proposer une synergie Liens conseillés Archives Retrouvez la chaîne Diploweb sur

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  • Pensée stratégique française: André Beaufre et l'IFES - Transversaux
    pose des bornes conceptuelles En résulte une rafale de définitions art de faire concourir la force à atteindre les buts de la politique 23 Art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit On relèvera que Beaufre privilégie le terme art et se garde de parler de science Ces définitions ne se contredisent pas mais s enrichissent se complexifient comme un art de la fugue parfois difficile à suivre pour le récepteur Il est vrai qu il manifeste un goût marqué pour des formules elliptiques dont il lui arrive de reconnaître et de chercher à atténuer l excès conférence de 1965 Beaufre conclut l introduction à la stratégie par sa formule générale de la stratégie S k F Psi t Soir F pour les forces physiques ou matérielles Psi pour les forces psychologiques ou morales k représente une sorte de variable d ajustement quantitative occasionnelle qu il nomme coefficient propre au cas particulier résultant de la conjoncture locale et générale 24 La guerre se réalise dans l épreuve des volontés et des forces Cependant la guerre n est pas la stratégie En sorte que écartant les conceptions purement militaires trop réductrices stratégie géométrique de Jomini stratégie dynamique de Clausewitz et de Moltke l ancien et même l étincelle mystique du génie de Bonaparte Beaufre se référant ici à Lénine propose d atteindre la décision en créant et en exploitant une situation entrainant la désintégration morale et matérielle de l adversaire 25 Donc si F est petit Psi doit être grand La stratégie indirecte est celle où l action psychologique sur l adversaire s exerce par les moyens les plus directs en utilisant si nécessaire la durée 26 De l ensemble des éléments examinés nous pouvons inférer que la pensée beaufrienne de la stratégie s organise autour de deux pôles d une part la totalité et d autre part la dichotomie entre mode direct et mode indirect Beaufre divise la stratégie en deux grandes branches directe et indirecte Chacune d elle se subdivise en stratégie à but absolu et à but limité soit quatre vastes catégories plus ou moins emboîtées Le contournement de la dissuasion nucléaire par une manœuvre indirecte s apparente à la manœuvre hitlérienne dite de l artichaut de 1935 à 1939 Evidemment à cette époque il n existait pas d armement nucléaire La stratégie indirecte vise seulement à manœuvrer la crise pour éviter la guerre dans la mesure où celle ci n apparaît pas encore comme l option la plus favorable Mais une fois le nucléaire advenu la stratégie indirecte est l art de savoir exploiter au mieux la marge étroite de liberté d action des forces militaires échappant à la dissuasion par les armes atomiques afin d y remporter des succès décisifs malgré la limitation parfois extrême des moyens militaires qui peuvent y être employés 27 Il s agit bien d éviter la guerre nucléaire devenue absurde et d utiliser des crises et des guerres limités afin d affaiblir l adversaire qu on ne peut plus affronter directement Quels principes stratégiques retenir Beaufre recense les différentes tentatives des stratégistes pour établir des principes Mahan Douhet Liddel Hart et le plus hermétique de tous Foch qui se connait que l économie des forces et la liberté d action Tout en se démarquant avec ironie de ce jeu traditionnel de définition de principes qui se voudraient l alpha et l oméga de l art militaire Beaufre ne peut cependant manquer de s y adonner Aussi retient il quatre principes tous centrés autour de la notion de décision Constatons l existence d une distinction non explicitement énoncée D une part les principes pour la guerre de nature politico stratégique correspondant aux buts de guerre à savoir le résultat final espéré une fois engagée la force c est à dire dès lors que l usage de la violence modifie l état de la situation D autre part les principes opératifs de la conduite de la guerre ou encore de la stratégie militaire pure celle là dont il convient désormais de relativiser l importance au regard de la contrainte exercée par le fait nucléaire Assemblés en quoi consistent ces principes Premièrement la décision oriente le plan qui fixe le but final Tout est subordonné au but à atteindre en l occurrence obtenir la décision au regard des mobiles qui conduisent à développer une stratégie Deux elle doit être possible donc à la mesure des moyens dont on dispose Vous n achetez pas une voiture si vous n avez que cent francs en poche Aussi piètre financier que Clausewitz pour qui la guerre exige de payer au comptant Beaufre ignore superbement le crédit qui cependant constitue un des ressorts de la stratégie Trois elle doit être recherchée au moindre prix aussi rapidement que possible et de la façon la moins hasardeuse Quatre la décision ne s obtient que très rarement par un duel pur dans un conflit on est toujours au moins deux mais en outre il y a souvent des alliés dont les intérêts sont différents des nôtres Et il y a toujours les neutres dont le poids peut être décisif 28 Beaufre y ajoutera par la suite les organisations internationales Les concepts deux triptyques Tout en relevant l extrême imbrication des concepts entre eux formant une chaîne insécable et logiquement irrécusable incontestable nous proposons ici de les organiser en deux triptyques les motivants à savoir liberté décision et volonté qui sont de l ordre de la conception e t les opérants plan force manœuvre qui sont de l ordre de l exécution Le plan se trouve à la charnière entre ces deux ensembles car il est conçu en vue de l exécution Premier tryptique liberté décision volonté 1 La Liberté politique et stratégique Le concept de liberté politique qui est à l origine de toute la manœuvre stratégique 29 La clef de tout est la liberté d action et le risque en guerre froide n est autre que la perte de la liberté d action 30 La stabilité des effets de la dissuasion comme la solidarité des risques réduisent très nettement la liberté d action des partenaires en dehors de la guerre froide A l âge nucléaire il n y a plus de liberté d action totale 31 Y en a t il jamais eu dès lors qu il reste encore un adversaire debout qui n a pas encore capitulé Liberté de décision politique et liberté d action stratégique forment donc un tout sachant que la lutte pour la liberté d action constitue l essence de la stratégie La stratégie c est donc en actes la liberté agissante Cependant on se gardera de trouver là une intervention dans le débat philosophique fondé sur le sujet et l individu Cette liberté dont parle Beaufre est celle d un collectif d un Etat se résorberait il in fine en la décision solitaire du dirigeant suprême L obsession de ce dirigeant politique doit être de gagner des degrés de liberté d action Toutefois la liberté d action des adversaires est elle même limitée La contrainte de l un renvoie à celle de l autre On voit donc au travail dans la réflexion beaufrienne une logique de réversibilité des situations des acteurs qu il qualifiera là encore de dialectique et qu il exprime dans la métaphore de l escrime 2 La Décision Considérant que la décision politique constitue le niveau supérieur de toute stratégie Beaufre l étudie en tant qu objectif et achèvement suprême auquel auront concouru plan manœuvre et forces C est pourquoi il est primordial de rechercher toujours la décision Elle constitue en effet ce moment critique qui fait basculer d un état à un autre Est décisif ce qui est irréversible La bataille décisive brise la volonté ennemie de poursuivre la guerre Beaufre ne dit jamais remporter la victoire Il reste prudent à l égard d une notion importante voire absolue au regard de la guerre mais très relative en stratégie Pas plus qu une bataille à elle seule ne conclut la guerre dans la durée d un affrontement majeur La décision est un événement d ordre psychologique acceptation par l adversaire des conditions que l on veut lui imposer le convaincre qu engager ou poursuivre la lutte est inutile 32 3 La Volonté Elle est placée au cœur de la définition de la stratégie duel des volontés dialectique des volontés épreuve des volontés Beaufre reprend la formule de Foch l essence de la stratégie git dans le jeu abstrait qui résulte de l opposition de deux volontés 33 A quoi s ajoute la référence à Clausewitz le duel a pour finalité de soumettre l ennemi l Autre à sa volonté Cette volonté résulte de la force morale celle des dirigeants combinée à et renforcée par celle des peuples La volonté est donc l expression supérieure du facteur psychologique au regard de la force qui résulte de l ensemble des composantes physiques Les éléments Phi et psy ne sont pas en opposition mais en symbiose en relation dialectique Toutefois selon les situations l un peut être secondaire par rapport au premier et inversement Second triptyque 4 Le Plan Tout plan stratégique doit viser la décision par un enchaînement d événements clairement conçus Et d ajouter Un tel principe pourrait être superfétatoire si nous n avions pas constaté en 1870 et en 1940 que l on pouvait ouvrir un conflit sans savoir comment on le résoudrait 34 Le plan doit envisager une décision à la mesure de nos possibilités et par les moyens les plus économiques 35 Se souvenant de la dure leçon de la crise de Suez Beaufre précise il doit être établi dans les limites de la liberté d action résultant de la conjoncture internationale 36 Le plan se construit en recourant à la méthode prospective La prévision qui n est pas prédiction martèle Beaufre intègre la planification comme composante à part entière il faut prévoir les réactions adverses possibles à chacune des actions envisagées et se donner la possibilité de parer chacune d elles 37 Le plan de manœuvre intervient comme application du plan supérieur ou stratégique Atteindre les objectifs fixés par la politique en utilisant au mieux les moyens dont on dispose 38 5 La Manœuvre Il faut pouvoir atteindre l objectif visé quelles que soient les réactions adverses 39 Cette manoeuvre est dite contre aléatoire en référence aux analyses de Pierre Vendryès mentionnées plus haut à propos des opérations de Bonaparte à Marengo suivant une logique probabiliste Mettant en perspective historique pensée et pratique stratégiques Beaufre distingue deux écoles D un côté la dynamique rationnelle du fort au fort par l action de toutes les forces réunies contre la masse principale adverse Il s agit évidemment de Clausewitz de Foch et de Napoléon D autre part Beaufre considère l école des combinaisons où il range Turenne de Saxe et Bonaparte de préférence à Napoléon Dans ce cas la décision s obtient par l action cumulée des opérations sur les théâtres réputés secondaires 40 Il s agit donc de l approche indirecte conforme à la théorie élaborée par Liddel Hart Nous sommes dans la conception de la conduite stratégique de la guerre 6 La force et les forces La notion de force est primordiale Elle figure dans la définition de la stratégie en tant qu élément constituant Toutefois Beaufre la considère de diverses manières Est elle uniquement militaire Considérant les forces dans l espace et dans le temps Il procède à une anatomie de la force 41 tenue pour indispensable car son usage constitue l étalon de mesure et de classement des modes de la stratégie Ainsi lorsque la force militaire est principale c est le mode direct lorsqu elle est secondaire c est le mode indirect A partir de là Beaufre établit les niveaux d action de la force 42 Paix complète Guerre froide Elle est elle même subdivisée en niveau d intervention insidieuse et en niveau d intervention directe Viennent ensuite les niveaux d affrontement Guerre classique Guerre nucléaire Fréquemment dans ses différents ouvrages Beaufre recourt à cette notion de niveau pour qualifier des ordres de nature différente Suggérons pour clarifier de distinguer entre le niveau de qualité de l affrontement la situation et le niveau de responsabilité la décision Beaufre distingue également des niveaux pour la dissuasion et pour l action Il les place en relation étroite avec la position hiérarchique du décideur le niveau du commandant en chef Mais chaque niveau a son décideur propre La stratégie c est ce que je fais avait déjà suggéré De Lattre et après lui Ailleret 43 Cette hiérarchisation des niveaux et leur interaction dynamique sera explicitée et développée par Lucien Poirier dans les années suivantes selon une distinction entre stratégique opératif et tactique Troisième Partie Le fait nucléaire et la dissuasion Sont d abord présentés les constats et les convictions initiales qui en procèdent Sachant qu avant lui bien d autres comme Gallois et surtout Ailleret ont amplement développé tous les aspects techniques Beaufre s intéresse davantage aux conséquences politico stratégiques d une situation devenue totalement inédite Il expose très succinctement les propriétés techniques de l arme nucléaire à commencer par la puissance de destruction instantanée dont Hiroshima et Nagasaki firent la redoutable preuve La base de la dissuasion nucléaire c est la certitude des destructions qu entrainerait l emploi de ces armes puisque l on ne peut s en protéger que de façon très incomplète 44 Parallèlement la manœuvre dissuasive est complétée par un facteur essentiel l incertitude soigneusement entretenue dans l esprit de l adversaire Il faut absolument éviter toute action ou toute déclaration qui viendrait lever l une des hypothèses que l adversaire peut craindre 45 C est cette relation dialectique entre certitude et incertitude qui rend pertinente la logique probabiliste mesurant le calcul entre le risque et l espérance de gain 46 Constatant l inéluctable fin du court monopole américain Beaufre figure parmi ceux qui énoncent l émergence de la dissuasion mutuelle et s efforcent d en décliner les conséquences durables au niveau politico stratégique Cette stratégie nouvelle obéit à une logique paradoxale une sécurité par un danger 47 Elle repose sur un principe fondamental Si la dissuasion se limite à empêcher un adversaire de déclencher sur soi même une action que l on redoute son effet est défensif tandis que si elle empêche l adversaire de s opposer à une action que l on veut faire la dissuasion est alors offensive 48 Face aux armes nucléaires il n est point de défense totalement efficace seulement des capacités protection susceptibles de réduire l impact de la première frappe afin d assurer la survie de la riposte en représailles Ainsi le mécanisme dissuasif est il garanti Car la crédibilité de la dissuasion nucléaire repose sur la capacité de riposte en second et la dialectique des représailles de seconde frappe Qu est ce qui assure une capacité de seconde frappe Toutes les forces qui auront survécu à l attaque en premier Comment garantir cette survie sinon par la protection qui revêt quatre formes le durcissement et l enfouissement des silos de missiles fixes l évasion grâce à l invulnérabilité des sous marins lanceurs d engins indétectables en patrouilles permanentes à la mer la mobilité les bombardiers en patrouille permanente les porte avions doté d une capacité aéroportée de frappe nucléaire Les missiles mobiles terrestres ne sont pas encore envisagés même si les études ont déjà commencé Enfin la protection anti engins que nous appellerions aujourd hui défense antimissiles c est à dire la capacité à diminuer la puissance de la frappe désarmante en premier Relevons que c est exactement la problématique de ce qui en 1983 sera présenté par le président Ronald Reagan comme l extraordinaire innovation de l IDS laquelle il est vrai osait envisager l installation d armes dans l espace exoatmosphérique Il en résulte une capacité de survie suffisamment considérable pour décourager l ennemi fut il le plus téméraire de faire le pari d une frappe désarmante en premier totalement efficace Dans ses écrits de 1963 65 Beaufre ne pouvait immédiatement prendre en compte l innovation technique constituée par les MIRV 49 Mais dès leur apparition il comprend que cette évolution complique de manière considérable l efficacité déjà toute relative de la défense A mesure que se développent les négociations de maîtrise des armements américano soviétiques il examine positivement la conclusion du traité ABM qui permet d éviter une course aux armements ruineuse en bridant la défense anti missiles Considérons ces théories Elles ne se développent qu avec Gallois la guerre 120 secondes et Poirier jusqu en 2002 Paradoxalement ce sont surtout les Terriens qui pensent le nucléaire qui pourtant ne sera pas leur arme Sauf P M Gallois qui vient de l armée de l air et pense dans ces termes Déjà de Lattre Castex et bien d autres avaient pressenti qu à la courte période du monopole allait succéder un duopole obligeant à revoir de fond en comble la mesure du rapport de forces et les principes stratégiques en découlant Vient donc en effet laborieusement la mise en place des doctrines déclaratoires Beaufre prend en compte ces évolutions des discours stratégiques des Etats Unis que l on nommera bientôt stratégies déclaratoires au regard des capacités techniques représailles massives massive retaliation puis riposte graduée flexible response Ces conceptions sont sans équivalents du côté soviétique où l on s en tiendra à la doctrine du maréchal Sokolovski fondée sur l emploi des armes nucléaires bien plus que sur la dissuasion et indifférente à la notion de maîtrise coopérative des armements arms control Extrait des publications d André Beaufre Stabilité Escalade Le terme stabilité est devenu un lieu commun une sorte de litote ou un vœu pieux désignant un état d équilibre idéalement espéré en réalité jamais atteint Beaufre n a jamais cédé à cette paresse qui ferait de la stabilité une fin en soi Au contraire au fil de ses écrits on le voit triturer la notion en jouant de son envers l instabilité l ensemble étant régi par un principe d équilibre La stabilité concept mécanique résulte de la dynamique engendrée par la confrontation des mobiles et des décisions qui fixent les objectifs politiques 50 Ce concept joue un rôle fondamental Son usage par Beaufre se révèle d une extrême complexité Car il introduit la notion de stabilité intrinsèque par opposition à la stabilité occasionnelle d action 51 Une conception purement stratégique qu il faut entendre dans une dialectique de la dissuasion et de la guerre Le niveau nucléaire tend normalement à la stabilité le niveau classique à l instabilité Une stabilité nucléaire absolue finit par annuler les bénéfices de la dissuasion La stabilité nucléaire absolue est dangereuse car elle finit par annuler l efficacité dissuasive Les deux capacités s annulent et rendent possible la guerre conventionnelle pas seulement par manœuvre indirecte Il faut donc introduire une certaine quantité d instabilité pour limiter la liberté d action des antagonistes et de leurs alliés de manière à stabiliser ce qui peut être dangereux tout en conservant une parcelle de risque 52 Beaufre en vient alors à considérer la nécessité des armes nucléaires tactiques afin de créer une continuité dissuasive entre la guerre nucléaire stratégique et la guerre classique Il est indispensable que le niveau classique soit rendu complètement solidaire du niveau nucléaire par la menace d emploi des armes atomiques tactiques 53 A nouveau l on constate la coïncidence de point de vue avec les thèses de Liddel Hart 54 En 1972 Beaufre réaffirme cette conception seul un lien de niveau tactique entre les armes nucléaires stratégiques et les forces classiques permet de conserver la crédibilité d une dissuasion Mais il ne s agit nullement d emploi opérationnel sur le terrain comme les Etats Unis avaient pu l envisager dans les années 1950 Relevons que c est finalement le schéma que sur la base des travaux du général Poirier et des propositions fécondes du général Fricaud Chagnaud 55 retiendra la France au début des années 1980 une seule armée classique mais relativement puissante une force nucléaire préstratégique modeste mais susceptible de délivrer un ultime avertissement avant l engagement potentiel des forces stratégiques La prolifération Elle est envisagée par Beaufre dans le contexte très particulier des efforts français et chinois pour atteindre la capacité nucléaire puis thermonucléaire L existence de forces nucléaires indépendantes tend à réduire l aire d expansion de la guerre froide 56 Dès lors que s accroît le nombre des acteurs nucléaires les pronostics de succès sont de plus en plus hasardeux et que par conséquent la situation est beaucoup plus stable que si deux adversaires étaient seuls en présence 57 Beaufre se montre très circonspect à l égard de la prolifération Il la place dans son contexte originel la compétition coopérative entre les deux adversaires partenaires et la mesure à l aune de la logique du multilatéralisme C est en effet le moment où les deux Etats commencent à s engager dans un processus de réduction des activités nucléaires notamment le traité sur l arrêt des essais atmosphériques et à en verrouiller l accès à ceux qui à l instar de la France et de la Chine développent leurs capacité le Royaume Uni demeurant un cas à part Ni les Etats Unis ni l Union soviétique ne souhaitent que de nouveaux arrivants ne viennent compliquer le jeu du rapport des forces nucléaires soit en créant de dangereuses alliances au bénéfice de l un contre l autre soit en augmentant le danger des situations de crise Or Beaufre réfute cette idée voir ci dessous La situation ne sera pas plus instable et aucun petit état nucléaire ne s aviserait de jouer les provocateurs Pour autant Beaufre n entend pas encourager la prolifération des armes nucléaires dont les risques ne sont que trop évidents exemples et ne croit pas contrairement à P M Gallois que de la multiplication des Etats dotés d armes nucléaires adviendrait un monde plus stable Quatrième Partie Stratégie totale et guerre révolutionnaire Chacun sait aujourd hui que la guerre est devenue ouvertement totale c est à dire menée simultanément dans tous les domaines politique économique diplomatique et militaire il ne peut donc y avoir de stratégie que totale 58 Voilà Tout est dit avec une constance qui n a jamais quitté l esprit de Beaufre depuis son article de 1939 59 L innovation de Beaufre est de considérer qu il existe en permanence une manœuvre stratégique dans la mesure où il n y a pas d état de guerre déclaré mais la paix n est pas établie La stratégie consiste donc à agir dans la totalité des domaines affectés par cette situation de paix guerre ou guerre froide Bien entendu la guerre froide constitue une forme d affrontement intermédiaire entre paix et guerre Le blocage que Beaufre nomme bi stabilité relative lié aux armes nucléaires et à la forte bipolarisation des deux camps favorise le recours au contournement de la dissuasion par une manœuvre indirecte Dans l esprit de Ludendorff qui publie en 1935 soit dix ans plus tard que le Mein Kampf de son piètre acolyte Adolphe Hitler putsch raté de la Brasserie à Munich en 1923 la guerre est un englobant de la politique de l économie de la démographie même Elle est identifiée au volk unité raciale qui lui donne légitimité et nécessité C est si l on veut la forme extrémiste de la grande stratégie Eine Kriege La guerre est unité fusion avec l Etat et Peuple Considérons en regard vingt ans plus tard en pleine guerre froide l ordonnance de février 1959 qui créée le secrétariat général de la défense nationale La défense est permanente et ubiquiste La mission du nouvel organisme est de coordonner l ensemble des activités de l Etat pour préparer la montée en puissance de la défense nationale dans l éventualité d une crise majeure pouvant déboucher sur la guerre et afin de prévenir une possible surprise stratégique Tel qu il s exprime et s organise l esprit de défense n entretient aucun rapport avec le totalisme racial de Ludendorff Et pourtant des termes reviennent obsédants grande stratégie stratégie totale intégral intégrante 60 A travers cette recherche de la juste épithète qu il soit permis de soupçonner une hésitation et se demander si tout est parfaitement clair pour de Lattre Beaufre et même pour Poirier attaché à la notion de stratégie intégrale Pourquoi cet erratisme Comme si sentant l existence d un objet la pensée ne parvenait pas à le fixer conceptuellement Ne serait ce pas parce qu il appartient davantage à l idéal qu à la réalité d une mise en œuvre constamment en défaut et comme finalement impraticable y compris pour les Etats totalitaires 61 En tous les cas force est de constater que ce totalisme ne rencontre pas l esprit des gouvernements changeants d une démocratie reposa t elle sur le bipartisme A fortiori en France la pluralité des partis la diversité de leurs courants et l émiettement des factions rendent impossible la réalisation sur la durée d une telle entreprise quand bien même serait on parvenu à la concevoir Et pourtant en l absence de persévérance du vouloir de l autorité politique il existe des tendances de fond et de long terme susceptibles d assurer une véritable continuité Elle assurée par les non politiciens les grands corps formant une trame associant industrie hauts fonctionnaires civils et militaires fondations et think tanks Plus que le complexe militaro industriel c est une véritable technostructure qui assure la permanence du dessein A quoi s ajoutent des courants de pensée durables en dépit de leurs échecs les neo conservateurs américains sont parvenus à occuper durablement une part importante du champ intellectuel aux Etats Unis et dans certains pays européens La prise en compte précoce en Indochine et en Algérie du fait idéologique et de l action sur les esprits conduit Beaufre à développer ultérieurement soit dix ans plus tard une réflexion générale sur la guerre révolutionnaire Ultérieurement parce qu il a voulu prendre ses distances à l égard de l ébullition des années 1955 1960 et générale de manière à ne pas se limiter aux seuls cas indochinois et algérien qu il connaît parfaitement L action révolutionnaire ne s arrête en effet jamais Beaufre a voulu embrasser toute la dimension et décrire toutes les formes d un phénomène permanent à travers l histoire Les développements de la guerre américaine au Vietnam ont donné l occasion de mener une réflexion sur la guerre révolutionnaire ou pour mieux dire la guerre des révolutionnaires en se rapportant ses propres expériences à un nouveau contexte mais encore familier Il aborde le phénomène dans Stratégie de l Action de 1966 et lui consacre un ouvrage spécifique en 1972 Il en fait une des composantes de la stratégie indirecte où le facteur psychologique joue un rôle primordial supérieur à l usage classique de la force armée La stratégie indirecte vise à atteindre la volonté adverse par des procédés politiques diplomatiques économiques et militaires où l action militaire proprement dite ne jour qu un rôle mineur Le moyen le plus puissant alors est le recours à la guerre révolutionnaire qui est le plus sûr moyen de mobiliser les passions nationales de s assurer des complicités dans le camp adverse et d obtenir le soutien souvent décisif d une opinion mondiale sympathisante Celle ci à son stade initial et faute de puissance fait un large usage du terrorisme 62 Ici Beaufre reprend mais sans en faire mention l essentiel des analyses sur la Guerre Révolutionnaire développées entre les années 1955 60 notamment dans la Revue Militaire d Information par de jeunes officiers comme Lucien Poirier Maurice Prestat Pierre Saint Macary A l époque l homme de l action psychologique et du Cinquième Bureau le colonel Charles Lacheroy faisait autorité A leur suite Beaufre expose la dynamique des phases terrorisme guérilla guerre régulière culminant par l ultime tentative de prise de pouvoir mais dont le développement eu égard aux fluctuations du rapport des forces n est pas nécessairement linéaire Le recours à la guerre révolutionnaire est possible chaque fois que les conditions psychologiques permettent d entraîner le soulèvement des populations 63 Et d ajouter plus matérialiste que Marx En fait l appel aux forces révolutionnaires n est payant qu autant que le terrain psychologique est rendu instable par des difficultés économiques ou par des distorsions sociales 64 Qu entendre par forces révolutionnaires et que leur opposer Un bon analyste de la révolution chinoise David Galula 65 a utilisé le terme de loyalistes Mais à quoi Au gouvernement en place A l Etat supposé légitime du seul fait de son existence Le révolutionnaire ne se sent lié par aucun serment bien au contraire Son jeu est régi par les seules règles qu il s est donné à lui même La guerre révolutionnaire est totale précisément parce que son but politique est absolu la prise de pouvoir sans compromis le renversement de l ordre antérieur et l établissement substitutif d un nouveau système intégral politique économique et social exprimé par un discours idéologique renvoyant à des valeurs nouvelles en ce sens toutes les idéologies se valent objectivement Beaufre pose la notion de révolution sans préjugés idéologiques Est révolutionnaire toute forme d entreprise qui vise à substituer un ordre économico social établi à un autre à renverser les valeurs traditionnelles pour les remplacer par d autres jugées meilleures Beaufre fait comprendre que les dirigeants démocrates de l époque pas plus d ailleurs que les communistes se sont refusés à admettre jusqu à ce qu il soit bien trop tard qu Hitler était un authentique révolutionnaire Ses adversaires l ont considéré et traité comme un homme politique certes excessif mais ordinaire un réactionnaire certes outrancier voué finalement à s insérer dans les catégories politiques traditionnelles Or Hitler s est bel et bien déclaré révolutionnaire dès le début de son action qui disputait à tous les autres concurrents et pas seulement aux communistes le ralliement de la majorité d un peuple allemand traumatisé par une crise économique sans précédent Cinquième Partie De trois malentendus qui n avaient pas lieu d être Le premier malentendu concerne le projet de force nucléaire multilatérale Il est de circonstances et l on en prendra acte pour l Histoire Le deuxième porte sur la stratégie indirecte Il résulte souvent chez les lecteurs hâtifs une étourderie facile à dissiper si l on prête attention aux termes exacts définissant les problématiques La relation entre action et dissuasion constitue le troisième malentendu Il est évidemment bien plus grave puisqu il s est enraciné dans la longue durée et persiste dans de nombreux esprits Beaufre y a lui même contribué Un faux grand débat A partir de 1961 commence le Grand Débat pour reprendre le titre du livre de Raymond Aron 66 Il s agit de la force multilatérale intégrée proposée par les Etats Unis afin d éviter la multiplication des acteurs nucléaires indépendants Elle est définie par les accords de Nassau du 21 décembre 1962 entre les Etats Unis et le Royaume Uni La chaîne de commandement reste sous l autorité de SACEUR donc d un officier américain De plus les forces intégrées seraient dotées de missiles polaris fabriqués par les Etats Unis C est donc sans surprise que le général de Gaulle avait opposé dès le 16 décembre 1962 un refus aussi aimable que catégorique au premier ministre britannique Harold Mac Millan venu lui en faire la proposition lors de leurs entretiens de Rambouillet Par la suite restera pour les Etats Unis à savoir comment gérer au moindre mal ce refus français On sait les entraves considérables que les responsables américains mirent à la réalisation de l arme thermonucléaire française La MLF fut enterrée en 1965 d abord par les travaillistes britanniques puis par le président Johnson constatant que jamais le Congrès n autoriserait un partage de la décision nucléaire Or Beaufre a été critiqué pour avoir soutenu le projet d américain Allégation erronée mais un premier malentendu avait été créé Nous souhaitons ici le dissiper d autant plus facilement que la position de Beaufre est claire En visant par l intégration à conserver le contrôle complet de toutes les forces nucléaires les Américains tendent à maintenir et à accroître encore le décalage intellectuel entre alliés aujourd hui si néfaste 67 Finalement ce débat mort né ne mériterait guère de mention s il n avait durant cinq ans mobilisé les plus grandes énergies et les meilleurs intellects s il n avait fonctionné comme révélateur des vues des uns et des autres au regard de l enjeu majeur que représentait pour la France l édification de sa force de dissuasion nucléaire entièrement souveraine c est à dire émancipée de toute protection Plus encore ce débat touche aussi à la question de l intégration de la France au sein de l OTAN et par la même à la fiabilité des alliances Beaufre accepte implicitement l idée du maintien d un lien librement consenti donc forcément contraignant avec les Etats Unis Point d intégration mais une sorte d association une véritable équipe de championnat mais il ajoute le troisième partenaire doit bien comprendre que son rôle s inscrit dans un ensemble et que son action doit être d appuyer et de compléter l action de son allié Indépendance ne veut pas dire égoïsme aveugle 68 Une conception catégoriquement rejetée par de Gaulle qui n envisage que la séparation totale des moyens nucléaires Avec virulence Albert Wohlstetter 69 dans un article intitulé le partage nucléaire l OTAN et la nième pays n 1 fustige le perturbateur proliférant français De son côté le général Gallois n a pas d expressions assez cruelles pour ridiculiser la farce multilatérale Dans ce débat extrêmement dur les documents de l IFDES 70 présentent Raymond Aron et son collaborateur Pierre Hassner comme des centristes Non certes politiquement encore que les centristes atlantistes comme Jean Lecanuet candidat aux présidentielles de 1965 aient fait campagne pour l intégration totale du nucléaire français dans les forces américaines Les documents les font apparaître plutôt comme des gens qui refusent de se ranger au côté du radicalisme de Gallois tout en restant quand même favorables à l existence d une arme nucléaire française se rapprochant ainsi des américains compréhensifs comme Kissinger en quête d accommodements Etrange cette relation d ambiguïté au regard des Etats Unis On doit s en démarquer mais on ne saurait se passer d eux Le dilemme persiste un demi siècle plus tard Pour l heure on trouve Beaufre toujours animé par le souci d éviter la rupture avec Washington alors que la diplomatie gaullienne ne cesse d élargir le fossé à l occasion du discours de Pnom Penh de septembre 1966 qui propose une alternative à la politique des Etats Unis au Vietnam De son côté en 1967 le CEMA le général Ailleret teste publiquement l idée d une défense tous azimuts c est à dire non dirigée Afin de clarifier cette attitude fluctuante et complexe à l égard des Etats Unis distinguons trois temps Le premier fort bref est un éblouissement face à la machine que Mac Namara installe en 1961 au Pentagone et aux intellectuels américains whiz kids Cet agrégat de crânes d œuf brillants et péremptoires impressionne jusqu à la fascination Comment n auraient ils pas raison Mais ces constructions abstraites se heurtent à l obstination des faits aux dures réalités de terrain 71 Le deuxième temps est donc celui de la réfutation Car loin d entrer dans l orbite de Mac Namara Beaufre s en dégage rapidement d une part en contrant point par point l argumentaire américain et d autre part en développant une vive critique de la doctrine de riposte graduée mais aussi à l égard de l acharnement américain contre l effort nucléaire français pour se doter des armes nucléaires alors présentées une petite force nucléaire indépendante serait à la fois inefficace inutile et dangereuse Le troisième temps consiste à élaborer des contre propositions Elles reposent sur l affirmation d une position nettement différente mais sans rechercher pour autant l

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  • Post 2015 Agricultural Focus & Mediterranean Challenges - Transversaux
    to create and find tailored local solutions and to meet global challenges This is plea proposed for a Post 2015 Agenda that would include four main aspects the economy the environment social affairs and also innovation For many years innovation has been closely related to sustainable development and it is now the time to position it more clearly We define innovation in two ways Firstly it is the human ability to create change advance science feed knowledge and bring about historical turning points that enable to achieve giant leaps for mankind Secondly the implementation of the SGDs must consider the cultural economic social and geographic characteristics of the different societies at local level Innovation for development is necessarily local and distinctive We cannot wave a magic want We must adapt to the realities of the territories in order to efficiently link knowledge with the practices needs and constraints of the context in which the action must give tangible results for the local population Each territory must therefore develop its own model or models at its own pace with its actors its difficulties and its history This proposal for a sustainable development based on the above mentioned four complementary aspects supports people and future generations The issue of food security gives this proposal a concrete meaning How could SDGs be indeed totally disconnected from the issue of employment and the people s daily security In other words the time for questioning whether to produce better or whether to produce more has passed since a global consensus has been reached on the urgent need to reconcile the two approaches in a common movement This is no easy task as meeting such a challenge depends on the people s will on the public policies that will be implemented on the mobilisation of global agriculture and on the future involvement of young people If the aging of farmers continues around the world it food security and will be endangered and labour markets excluding agriculture will be saturated New agricultural models could be effective to mitigate unemployment in countries where agriculture can remain a source of employment and income Feeding 9 billion people in 2050 with a faceless agriculture would involve serious social and economical consequences However fostering socio economical development models able to provide rural population with a decent life requiring a clear support of family farming would certainly alleviate rural exodus towards cities and its negative impact It is therefore geopolitically important to promote agricultural and rural development strategies that do not sacrify human factors for environmental preservation Let us make ourselves clear by saying this we do neither ignore the environmental emergency nor deny it We are simply suggesting that human beings should be given first priority in discussions on sustainable development and food security We should not forget that the main purpose of agriculture is to feed people In this perspective waste reduction is a determining factor Across the world including Europe people should better manage natural resources decrease the waste

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  • jour en 2015 Ses articles pour Diploweb com Post 2015 Development Agenda 2015 IS A CRUCIAL year as several major international events placing issues related to agriculture food and rural affairs at the heart of the Direction Directeur P Verluise Conseil scientifique Charte du site Faire un don Devenir membre Auteurs Proposer un article Synergies Présenter le site Conférences Partenaires Participer Proposer une synergie Liens conseillés Archives Retrouvez la chaîne

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