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  • Les voix de l’Ordinaire par Guillaume Le Blanc
    joie pour Deleuze Il n en reste pas moins que ce sont là des effets indirects d une nouvelle donne en philosophie qui est une pensée du pur changement Cet extraordinaire de la philosophie qui fait advenir un nouveau sens du fantastique a pour principal effet de situer l ordinaire du côté de l impropriété L impersonnalité de l ordinaire est alors ce qui mène à la différenciation extraordinaire des modes d être ouverts par la philosophie Ce qu il s agit du même coup de penser c est la façon dont l ordinaire rejoint l impropre ou l impersonnel au point de permettre l opération philosophique de la différenciation métamorphique héroïque ou intensive L exténuation de l ordinaire est l impropre qui nous adjoint la tâche de l altérité Dans ce saut vers l inconnu c est tout le connu de l ordinaire qui se trouve scellé dans la dérision du banal ou de l insignifiant au point que l ordinaire est le sans mystère le sans grâce le sans voix Est il possible de donner des voix à l ordinaire sans réduire l ordinaire à une voix déjà connue Là me semble être l enjeu d une philosophie de l ordinaire dont la tâche est moins de l éclairer que de lui restituer sa rigueur énigmatique son noir lumineux Car ils sont nombreux les témoins de l ordinaire qui ne tardent à se transformer en juges qui affirment à qui les croit que l ordinaire c est eux ou que l ordinaire c est ça Contre cette personnalisation dévastatrice de l ordinaire il faut au contraire réaffirmer le Ça de l ordinaire et insister sur son inquiétante étrangeté non comme une aura banale qui entourerait les phénomènes ordinaires et qui s estomperait quand ceux ci seraient restitués et expliqués mais comme l impropriété constitutive de l ordinaire qui oblige à la modestie aux déplacements conceptuels sans cesse réitérés à l ouverture des placards et des fenêtres Donner des voix à l ordinaire c est gager qu il existe une pluralité de voix indécidable infranchissable qui ne doit pas être le signe d une unification à venir mais l affirmation de puissances radicales qui font tout le réel Les voix de l ordinaire ne sont pas à chercher dans un quelconque ravin qui les déroberait à notre vue Elles sont un chant des circonstances une multiplicité de bruits que nous percevons comme les bruits mêmes de nos vies et qui sont les bruits du commun la pluie suspendue un moment entre ciel et terre Les voix de l ordinaire sont ainsi l ordinaire même des voix qui chaque jour se répètent et forment un quotidien Face à l opération de changement qui incombe à la philosophie moderne il faut donc également réitérer les opérations répétées de l ordinaire sans jamais plonger dans la personnalisation de ce dernier en restant absent à la personnalisation et par là même ouvert à l impropriété de la répétition Alors seulement il devient possible

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  • Pirater la vie par Marina Garcés
    autres indéchiffrable La logique de la connexion ne relève pas de l intériorité mais de l extériorité et elle fonctionne à partir de deux relations élémentaires la relation de l un au tout et la relation du tout au rien Un tout parce que chaque point d un réseau se connecte seul au tout De la même façon dans notre société réseau chacun met en jeu seul sa relation au monde Pour celui qui sait être dedans c est à dire connecté en permanence alors oui des relations existent et même la production fonctionne toujours un peu plus grâce à la coopération et l intersubjectivité propres aux groupes et aux équipes Cependant le fait d être dedans ou de ne pas y être ne dépend pas du groupe ou de l équipe mais de chacun de chacun comme employé du tout Cela explique que l augmentation de la communication et de ses possibilités infinies puissent coexister au sein d une même vie d une même réalité avec une solitude croissante C est la solitude de l isolement fondamental sur laquelle se construit notre inscription dans la société Cela n a rien à voir avec l isolement de celui qui vit loin de l agitation mondaine C est un isolement qui nous rapproche du phénomène central de la vie contemporaine la privatisation de l expérience privée parce qu elle est passée à des mains privées mais aussi privée parce qu elle renvoie à la vie privée de chacun Les succès les échecs les illusions les obligations les jugements les valeurs tout doit se résoudre dans le cadre de la vie privée de chacun C est pour cela que la vie aujourd hui se présente comme une voie vers l autoréalisation La majorité trébuche sur ce chemin et se fatigue La connexion commence à avoir des ratés On se sous estime on est insatisfait anxieux déprimé etc Le problème et sa solution sont toujours en soi comme le conflit Le monde entier a fini par faire partie de chacun d entre nous et chacun seul ne sait que faire de lui C est trop lourd Les âmes se brisent La connexion s interrompt définitivement Tout rien parce que dans le réseau être connecté c est être sous la menace de la déconnexion C est aussi cette relation qui fait fonctionner la logique du réseau et son système de domination La fluidité des processus sociaux contemporains est l autre figure de sa fragilité Eh oui tout est labile Il n y a rien qui soit définitivement établi les entreprises naissent puis disparaissent la bourse monte et descend sans jamais arriver à toucher le fonds Tout semble pouvoir s intégrer Mais il y a une limite un seuil là où commence la nuit de l exclusion là où la nuit est encore plus nuit Un réseau peut bien s étendre à l infini mais ou bien on en fait partie ou bien on n en fait pas partie Le code binaire dans ce cas est implacable La menace de l exclusion est en effet l ombre qui poursuit nos vies mises au travail toujours en mouvement pour entrer sans cesse dans le monde Il faut en permanence aller vers l intérieur pour ne pas tomber à l extérieur Il faut toujours avancer pour ne pas risquer la déconnexion Le précaire le sait bien mais l ouvrière de l usine qui va fermer le sait aussi comme l immigré qui attend le prochain visa comme le cadre de plus de 45 ans ou le vieux qui craint le ridicule de sa pension Nous le savons tous C est la face obscure du monde C est pour cela que la peur est l autre phénomène central de la vie contemporaine La vie mise ainsi en mouvement est le chemin vers l autoréalisation mais on avance sous la pression permanente d une menace l exclusion Les nouveaux protagonistes sociaux Etre allé au delà des transformations du système de production en analysant ce que signifie le fait que nos vies se soient mises entièrement au travail a des conséquences sur la façon d articuler pensée critique et intervention politique Cela implique de déplacer l axe du conflit centré sur le travail et sur les rôles de ses acteurs habituels Le dernier acteur et le plus intéressant à être apparu en tant que sujet politique lié aux nouvelles formes de travail est la multitude telle que la définit l ouvriérisme italien Sujet multiple contingent nomade la multitude s éloigne de l Etat du peuple de l usine Son mouvement est celui de l exode Elle ne connaît pas de transcendance son ontologie est immanente Elle ne connaît pas d autre unité que celle de la puissance commune la puissance de l intellect celle d une faculté qui est pure virtualité le langage Mais la multitude peut devenir sujet parce qu elle a confiance dans la dimension du commun et dans le travail comme lieu d agrégation et de subjectivation politique En premier lieu elle est persuadée que la connexion servile à la production et aux relations de domination peut être renversée simplement en s y soustrayant Comme si la dimension de la relation préexistait et qu elle avait été colonisée capturée paralysée par le capitalisme Mais inutile de se rappeler Foucault pour avoir à l esprit que les relations sociales peuvent aussi être l uvre du pouvoir Et dans ce cas nous l avons déjà dit la capacité à se connecter la coopération l équipe la communication permanente reposent sur un lien social qui parce qu il est fait d isolement et de fragilité nous domine bien avant que nous ayons commencé à parler Il faut continuer à parler effectivement si nous ne voulons pas être expulsés En second lieu la multitude en tant que sujet a besoin de croire en la centralité politique du travail Mais les formes actuelles de l organisation du travail ne constituent elles pas le laboratoire principal au sein duquel se nouent les connexions

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  • Plonger dans l’autre sens par Véronique Nahoum-Grappe
    forts de cette action quand elle est cruciale intense et dangereuse Rencontrer un passage sur la nuit dans un polar n était donc pas un pari vertigineux d audace D une certaine façon ce sont des statistiques que l on ne calculera jamais on peut supposer que nos expériences de nuit socialement situées sont plus visuelles qu expérimentées pour de vrai dans une société où les films les romans et les séries policières forment l ordinaire des consommations culturelles visuelles de chacun à tous les âges Si l imaginaire des statistiques est diurne la culture de la nuit échappe au rêve du sobre projet qui les anime Cette échappée est précisément impliquée dans ce poème rencontré par hasard dans ce roman policier qui se déroule en plein c ur de la Chine moderne Le héros qui est policier est aussi l auteur de ce poème dont je laisse le lecteur retourner au contexte il s agit de décrire quelqu un mais qu importe ici Cette description s appuie sur le rythme d une fin de journée d une entrée dans la soirée et d un réveil insomniaque à minuit La référence à la journée est marquée par un travail de comptable Toute la journée celui dont le poème parle travaille sur l abaque d acajou où ses doigts s agitent Et puis parce que le temps passe et ce fait central qui reste en amont de toute théorisation mais dont la banalité le tragique et le sublime sont portés à leur plus haut point d incandescence chaque soir le couvre feu le soir et l entrée dans la nuit arrivent avec son programme propre Sa différence d avec celui du jour est tellement radicale qu elle ne se perçoit plus Le corps s entoure d un paisible linceul d obscurité des bras nus y scintillent de douceur et d érotisme pour les plus chanceux des acteurs masculins Le temps ne peut plus alors être égrené compté en séquences discontinues que l on peut chiffrer qui peuvent relever d une estimation en bloc et en paquet tant de temps à chiffrer à peser à ne pas gâcher ou perdre Les activités diurnes sont marquées en temps ordinaire par des activités séquentielles que l on peut récapituler à plus forte raison pour un comptable Alors que la nuit tout est dilué Le temps coule en continu Son sens est moins orienté Il redevient une matière dont la fine moulure présente et démultipliée au fur et à mesure ne peut plus être segmentée ni structurée comme les obsessions d un insomniaque ou comme cet inverse symétrique au plan phénoménologique que sont les fleurs innombrables d un champ peint Non pas qu on ne puisse compter cela aussi mais parce que le projet de compter n est pas nocturne Lorsque le corps est enveloppé du linceul d ombre qu une fois allongé il fait face enfin au ciel et au plafond le temps devient la matière même de l obscurité nocturne c est à

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  • Le Passant a aimé par Le Passant
    Renault Laurence Kahn entretiens avec Michel Enaudeau Fiction et vérité freudiennes Editions Balland 2004 296 p A l heure où la psychanalyse est doublement menacée par sa réduction médicale à la psychothérapie et par la revendication biopolitique du contrôle de l Etat ces entretiens clairs fermes et denses permettent de parcourir à nouveau l invention le projet et les enjeux de la pensée psychanalytique de Freud un siècle après sa naissance A travers les grands moments de la psychanalyse le symptôme le rêve la cure la découverte de la sexualité infantile la psychanalyse des enfants la dimension rationnelle scientifique et esthétique le rôle de la fiction L Kahn souligne son fondement pratique et sa capacité constante de réorganiser sa théorie qui s appuie sur la disposition de l analyste d une part à se laisser surprendre par la parole singulière de l autre et ainsi à suspendre l interprétation dans le tact Freud mais aussi Winnicott dans sa relation aux enfants et d autre part à aiguiser sa réceptivité critique à l événement la première guerre mondiale ou la montée du nazisme pour Freud dans la réélaboration du sens de la culture constituée par la fiction de l effraction pulsionnelle du meurtre du père L auteur montre par dessus tout l inventivité de l autre dans la psychanalyse ou la créativité de l inconscient selon une analyse de son héritage du romantisme allemand en rappelant que contrairement à toute vision du monde aucune théorie de l éclairement de l existence humaine ne peut se clôturer Le dialogue s achemine vers la question politique de la psychanalyse et du constat non désespéré mais effroyable que la culture cède devant la revendication pulsionnelle augmentée aujourd hui par la culture elle même L auteur propose une belle confrontation avec la pensée adornienne de l implication de la barbarie dans le processus de civilisation qui engendre l anti civilisation Elle montre comment les premiers griefs adressés à Freud par Adorno dénonçant la normalisation la massification du bonheur sous la forme de l adaptation qui correspondait à l état de la psychanalyse aux Etats Unis l usage bourgeois de la théorie des pulsions et l inattention envers le langage et son instrumentalisation par la société marchande laissent place finalement après la catastrophe d Auschwitz à ce qu elle nomme l appel à la psychanalyse par Adorno Par la méditation de ce renversement l auteur nous invite tout d abord à réfléchir sur le danger de la technicisation de la psychanalyse professionnalisation sectorisation des compétences techniques et son exigence programmée de rentabilité institutionnalisation et asservissement aux lois du marché ou à la demande sociale auxquels elle oppose la peste analytique ingérable par la consommation marchande qui représente un péril pour l avenir de la culture et nous engage ensuite à soutenir le tragique de notre destin afin de ne pas sombrer dans le désarroi commun Vincent Houillon Christian Malaurie La Carte postale Une uvre Paris Edition L Harmattan 2003 254 p La carte postale voilà bien

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  • Vers un nouvel art politique par Jean-Marc Lachaud
    dérangeants de l Histoire qui malgré tout continue A cet art se situant en deçà du politique Dominique Baqué oppose néanmoins quelques postures celle de Nan Goldin par exemple qui tout en interpellant l intime dépassent le repli qu entraîne un subjectivisme frileux et portent un regard acéré sur le monde réel De même pointe t elle l émergence d un art divertissement la séduction kitsch des uvres de Jeff Koons la volonté de plaire au plus grand nombre de celles de Takashi Murakami une forme de désinvolture esthétique et éthique chez Gianni Motti et chez Maurizio Cattelan et interpelle t elle avec suspicion en posant deux questions incontournables l avènement de l artiste chef d entreprise étrange phénomène diversement légitimé par ceux qui y participent les uns revendiquent en effet une consciente et libertaire infiltration du système alors que d autres avouent cyniquement que désormais l uvre est finalement une marchandise comme une autre et si la puissance du capitalisme avancé était telle qu elle parvenait aujourd hui à modéliser jusqu aux pratiques artistiques Et si le capitalisme était devenu décidément si attractif qu il en devient louable désirable par ceux là même qui le honnirent et le vilipendèrent avec violence les artistes Dominique Baqué exprime par ailleurs ses doutes face à la puissance résistante des interventions des néo avant gardes sont rassemblés sous cette étiquette des artistes tels que Barbara Krüger Jenny Holzer Krzysztof Wodiczko et Lucy Orta et face à la fadeur des actes éclectiques expérimentés par les praticiens de l esthétique relationnelle théorisée par le critique Nicolas Bourriaud Sans remettre en question l authenticité des intentions proclamées par les uns et par les autres elle formule de pertinentes réserves quant aux moyens plastiques et aux effets ambigus qu ils provoquent privilégiés par les premiers et quant aux sensations dérisoires aux échanges inchoatifs et aux fêtes factices convivialité et reliance obligent proposés par les seconds bavardage mondain qui ne risque guère d exhaler l odeur ordurière du monde Notons que les pages consacrées aux travaux de Esther Shalev Gerz et de Jochen Gerz éclairent très précisément le positionnement adopté par Dominique Baqué Réticente par rapport à ce qu elle pense être la faiblesse des uvres participatives du couple elle justifie sa préférence pour leurs réalisations le Monument contre le fascisme de Harbourg et le Monument contre le racisme de Sarrebruck par exemple qui articulent avec succès un nouveau et fécond rapport entre art mémoire Histoire et politique Nous pouvons ne pas partager l approche qui est celle de l auteur vis à vis de telle ou telle uvre et regretter qu elle ne s attarde pas assez sur certaines attitudes alternatives qui échappent encore provisoirement au milieu de l art officiel Nous devons cependant admettre que son argumentation est convaincante et que les derniers chapitres de cet ouvrage stimulant évoquant la perspective d un passage de témoin de l art contemporain au documentaire photographique et surtout cinématographique sont passionnants Pour Dominique Baqué le documentaire n est en

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